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 31-10-2009 | Enseignement supérieur privé - Encore des défis à relever

Trente-trois établissements d'enseignement supérieur privé accueillent environ 13.000 étudiants. Force est de constater aujourd'hui que l'enseignement privé en Tunisie, développé dans les années 90 et structuré en 2000, connaît un essor considérable en raison de l'encadrement qu'il offre et de la diversité des filières qu'il dispense.

M. Abdelatif Khamassi, président de la Chambre nationale de l'enseignement supérieur privé, a cherché à donner, à ce propos, une idée précise sur ce secteur en pleine croissance, tout en évoquant les raisons de ses performances et ses carences.

L'enseignement supérieur privé occupe, désormais, une place importante dans le système de l'enseignement en Tunisie. Il consolide l'enseignement public et vise à dispenser une formation plus personnalisée et plus performante. «Aujourd'hui, le privé est considéré comme une composante intégrante du système universitaire tunisien», déclare M.Khamassi. Cela implique que «les diplômes sont reconnus par l'État». Tous les établissements agréés sont, d'ailleurs, placés sous la tutelle du ministère de l'Enseignement supérieur qui veille sur la pertinence des formations, la qualification des enseignants et le sérieux des examens. Ces établissements sont, ainsi, rigoureusement contrôlés sur le plan pédagogique et administratif et soumis à l'approbation des autorités compétentes.Il n'en reste pas moins que le privé n'a pas pour vocation de remplacer le public. Il vient plutôt consolider l'effort de la communauté nationale dans le domaine de l'enseignement. «Pour 2010, on prévoit 500.000 étudiants. Les structures publiques, saturées, ne peuvent pas répondre à cette demande croissante et leurs capacités d'accueil sont limités.

Les établissements privés sont donc une véritable aubaine, puisqu'ils viennent alléger ce poids tout en dispensant une qualité d'enseignement digne des pays les plus modernes. Ils viennent aussi renforcer le climat concurrentiel, bénéfique à tous les acteurs du milieu de l'enseignement», a-t-il souligné. Selon le président de la Chambre nationale, l'existence de ces établissements est synonyme de «liberté» et de «choix», car comme il l'indique, «le bachelier dispose de plusieurs alternatives. Il est orienté vers un large éventail de choix et d'options.» Autres atouts inconditionnels du secteur privé, des conditions de travail avantageuses et des professeurs «choisis parmi l'élite». Cela est d'autant plus vrai que «les fondateurs des établissements privés sont appelés à chercher la perfection s'ils veulent assurer la pérennité de leurs entreprises. Cette perfection est indissociable de la qualité même de la formation et donc des ressources humaines mobilisées». Ilest à noter que «le secteur de l'enseignement privé est, essentiellement, orienté vers les entreprises et le marché du travail afin d'assurer une plus grande employabilité», relève-t-il. Il s'agit, en fait, de conventions conclues avec des sociétés au sein desquelles les étudiants effectuent des cycles de formation ou des stages qui peuvent aboutir à des recrutements, outre des conventions de partenariat avec des universités étrangères. Enfin, les établissements supérieurs privés, offrent une multitude de formations innovantes et diversifiées. Ces dernières répondent aux demandes de secteurs en plein essor tels ceux des télécommunications, de l'informatique, de l'avionique, de l'urbanisme, de l'informatique industrielle... Le droit, la gestion des ressources humaines et les langues vivantes n'en sont pas oubliés pour autant.

Mais du chemin reste à faire

«La Tunisie a réalisé des avancées importantes en matière de qualité et de niveau des formations dispensées dans le privé. Cependant, l'enseignement supérieur privé, pour devenir un secteur plus performant et le catalyseur d'un label de qualité du service d'utilité publique, doit bénéficier d'un soutien accru de la part des autorités compétentes», souligne M.Khamassi. Car, malgré tous les efforts consentis en vue d'améliorer le secteur, il n'en reste pas moins qu'il y a quelque part une sorte de blocage. Si les autorités espéraient, il y a quelques années, que le privé puisse accueillir 30 000 étudiants actuellement, on est bien loin du compte! Et pour cause, le nombre des étudiants inscrits dans ces établissements n'est que de 13.000. «Le secteur a bien évolué, surtout depuis l'adoption en 2000 d'une législation visant à mettre de l'ordre dans le secteur en l'astreignant à des normes de qualité. Avec tous le potentiel dont nous disposions, nous aurions pu atteindre les objectifs escomptés en attirant jusqu'à 10% du total des étudiants», affirme-t-il. Selon lui, les solutions existent. Il suffirait de privilégier le dialogue entre le ministère de tutelle et ces établissements en vue de trouver des solutions concrètes. «L'enseignement privé a besoin de l'Etat pour survivre et évoluer. Le rôle de l'Etat est absolument nécessaire pour aider, encourager et accompagner les établissements privés», reconnaît M.Khamassi. Il affirme d'ailleurs que «si nous unissons nos forces, nous pourrons même atteindre l'objectif de 50.000 étudiants dans les années à venir».

Un changement des mentalités s'impose

Les établissements privés attirent un nombre important d'étudiants qui ne cesse de croître chaque année. Il faut dire, qu'à part certaines exceptions, ces établissements offrent des services de bonne qualité conjugués à un encadrement pédagogique performant ayant engendré l'instauration d'un climat de confiance et de réussite. C'est ainsi que Tunis, haut lieu des facultés, écoles et instituts privés, a réussi à correspondre, grâce au dynamisme de promoteurs audacieux, aux besoins des nouvelles élites avides de rigueur, d'efficacité et de succès.

Plusieurs établissements d'enseignement supérieur privés sont aujourd'hui très bien cotés, et ont réussi à faire valoir une nouvelle image de ce secteur. Ils ont su se construire un label digne de la mission qui leur incombe, contrairement à d'autres établissements régis par une mentalité purement affairiste. Témoignages

Détentrice d'un Bac littéraire obtenu avec mention, Sonia achève, actuellement, sa maîtrise en anglais dans l'un des instituts privés et prisés de la capitale. «Lorsque j'ai eu mon Bac en 2006, j'ai été orientée vers un établissement public pour étudier les langues vivantes. Mais j'ai été déçue par le niveau général, le manque de qualification des professeurs et l'absence de motivation. Je me suis vite rendue compte que je n'aurais pas la formation tant espérée».Aujourd'hui, elle se dit très satisfaite par sa formation qu'elle qualifie de «riche et complète».

Omar, quant à lui, n'a pas eu la même veine. Il a «ramé» durant 2 ans avant de trouver sa voie.

«Lorsque j'ai eu mon Bac avec une forte moyenne, mon entourage m'a convaincu d'aller dans une école préparatoire prestigieuse à la « hauteur de mes ambitions». J'y ai passé deux ans à regretter mon manque de détermination car je n'étais pas à ma place», nous a-t-il confié. «Le vase a fini par déborder et j'ai décidé de prendre les choses en main». Aussi étonnant que cela puisse paraître, il étudie, actuellement, l'architecture dans le privé. «Une excellente formation couronnée par des voyages d'études à l'étranger et des stages en entreprise. Je suis sur la bonne voie», observe-t-il. Pour les 2 ans «perdus», ils ne le sont pas vraiment. Car, d'après lui, cela lui a servi de «leçon» pour ne plus avoir froid aux yeux.

Parfois perçus comme fiefs d'enfants aisés ou lieux de repêchage, ces établissements sont continuellement appelés à faire leurs preuves et la privatisation de l'enseignement supérieur procède d'une toute autre logique, puisque ces établissements bénéficient, souvent, d'une infrastructure à même d'assurer aux étudiants l'occasion de réussir, tout en bénéficiant de conditions d'enseignement favorables .

C'est donc un changement des mentalités qui s'impose. Aujourd'hui, beaucoup d'étudiants font le choix du privé après l'obtention de leur Bac. Il faut dire que le secteur, appelé continuellement à s'améliorer, compte des filières dont certaines sont innovantes par rapport au secteur public. Certains font, d'ailleurs, le choix du privé au lieu de l'étranger.

«Cela me fait sourire ces gens qui ne comprennent pas pourquoi je suis dans le privé. Ils trouvent plus normal d'aller étudier à l'étranger, de dépenser des fortunes et de rentrer par la suite au pays pour travailler, alors que dans les pays les plus développés, une place primordiale est accordée à l'enseignement supérieur privé. D'ailleurs, les établissements les plus prestigieux du monde appartiennent au secteur privé», note Farès, actuellement étudiant en informatique appliquée à la gestion dans une école privée, un choix qu'il a fait une fois son Bac en économie-gestion en poche.

Avec l'ouverture récente de nouvelles institutions, le privé a le vent en poupe. Il est dorénavant orienté vers la trajectoire de réussite et arbore tous les atouts favorables à son succès.

Ainsi, les étudiants à la recherche d'une formation sérieuse et rigoureuse sont gâtés.

«Nous sommes à peine 20 personnes en classe, ce qui renforce davantage nos chances d'assimilation et de compréhension»,estime Amel, jeune étudiante.

Il est vrai justement que «les professeurs ont pour mission principale d'encadrer et d'être irréprochables car ils sont scrupuleusement évalués et l'administration ne lésine pas sur les moyens pour fournir tous les supports pédagogiques et logistiques susceptibles de faciliter les différents cursus».

Il n'en reste pas moins que certains établissements privés, pourtant agréés par l'Etat, peinent à atteindre une certaine crédibilité. Certains établissements privés privilégient, en effet, la quantité d'étudiants aux dépens de la qualité d'enseignement. Cette année, certains étudiants ont été contraints de retirer leurs dossiers pour aller dans d'autres établissements où la formation et le sérieux sont à la hauteur de leurs espérances. L'heure doit donc être à la vigilance et à la transparence pour permettre à ce secteur de prospérer.



Auteur : Sana Bouagila



Source : La Presse (Tunis)
 
 

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